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Rétrospective
Jean Pierre Quinton
 
 
 
 
Rétrospective, le Club en V.O




  A l’origine était Le Club…

Les anciens s’en souviennent : c’est sous un chapiteau installé par des forains que le cinéma fit son entrée à Fougères.
Quelques années plus tard, le patronage joua un grand rôle dans la multiplication des spectateurs. Et plus tard encore, l’avènement d’un complexe cinématographique fut annoncé…
Choisissez votre fauteuil, installez-vous confortablement et laissez-vous emporter par l’histoire inédite du cinéma Le Club, « De Jeanne d’Arc au forum de la Gare » …



Le Patronage et cinéma 

En créant le patronage Jeanne d’Arc en 1937, l’abbé Turgis, alors vicaire de la paroisse de Bonabry, est loin d’imaginer qu’il sera bientôt directeur de cinéma. Sa préoccupation du moment est le rachat de l’ex usine de chaussures Bordeaux. Après s’être débattu comme un beau diable, il réussit à trouver le financement nécessaire qui permet à la paroisse d’acquérir ce vaste local situé stratégiquement de l’autre côté de la rue. Son vœu exaucé, l’abbé créée bientôt une Association d’Education Populaire du quartier qui regroupe plusieurs activités toutes pratiquées dans la grande salle : la chorale, la danse, la gymnastique, l’harmonie et le théâtre qui occupe déjà une place importante dans le paysage culturel de la ville. Une véritable maison de quartier. Ou presque, puisque la silhouette noire de l’abbé traverse régulièrement la rue pour veiller au bon déroulement des activités. Surtout à partir du moment ou le cinéma fait son entrée…


  Souvenirs, souvenirs..

C’est au fond de la scène réservée à l’activité théâtre qu’était installé l’écran publicitaire. Les 500 places de l’unique salle étaient numérotées et les sièges ressemblaient davantage à des rangées de strapontins qu’à des fauteuils . Recouverts de moleskine, ils étaient d’un grand chic à l’époque. Le spectateur à peine levé, l’assise se relevait et claquait bruyamment sur le dossier.
Pour obtenir des réductions sur les tickets, on collectionnait les « timbres épargne » couleur rose délavé que les commerçants et les coopératives distribuaient aux clients selon le montant de leurs achats » note un ex-jeune spectateur.
De mémoire de Fougerais, « aller au cinéma, c’était comme se rendre à un grand spectacle. Les séances avaient lieu uniquement les jeudis, samedis et dimanches. La projection du film était précédée d’un court-métrage d’actualité et d’un entracte ludique animé parfois par des magiciens. On pouvait alors acheter à la dame qui passait dans les rangées avec son présentoir en osier des bonbons et des esquimaux. »



Les ciseaux de l’abbé

Puis le projectionniste enclenchait la bobine, préalablement visionnée par l’abbé de la paroisse qui, au passage coupait les scènes trop osées. En effet, c’est l’Office Catholique qui décidait alors de la programmation ; les films sélectionnés ne devaient pas mettre en danger les principes de l’éducation catholique. Si, si…Il faudra attendre 1969 pour que la responsabilité du cinéma soit confiée à un laïc, André Azé, retraité de la SNCF. C’est en 1974 que le cinéma « Le Jeanne d’Arc » est rebaptisé « Le Club », à l’image de la plupart des cinémas qui portaient un nom de saint afin d’apparaître plus neutres, plus ouverts à tous et moins liés au clergé. Pour autant, cette démarche n’avait rien d’anticléricale. Joël Riault, qui prit la direction du cinéma en 1979, se rappelle : « Il n’y avait qu’une grande salle de 500 places. Nous affichions parfois complet, en particulier la veille de Noël avant la messe de minuit ».




Grands travaux et évolutions techniques

En 1981, la grande salle de 500 places fait l’objet d’une transformation radicale. Une seconde salle de 160 places est créée, la capacité d’accueil de la première salle étant ramenée à 225 fauteuils. Puis une troisième salle voit le jour, après transformation du balcon de la salle initiale, pouvant accueillir 136 personnes. « A ses débuts, le cinéma fonctionnait avec deux appareils Philips équipés d’électrodes à charbon » raconte Joël Riault, nommé directeur en 1979. Bien souvent, une petite odeur de bobine brûlée annonçait une pose technique. « Ces appareils furent remplacés en 1964 par des Cinéméccanica à lampes au xénon.. Ces projecteurs ont de nouveau été remplacés en 1981 en un seul destiné à équiper les deux salles existant alors. En 1995, c’est le son dolby qui a été installé dans la grande salle et en 1998 le numérique dans les deux autres ». Bientôt l’on parlera des ceintures phoniques prévues dans les salles du « multiplexe cinématographique Le Club ». Une ouverture attendue qui fera l’objet d’un reportage cet automne.






 

 
 
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Parmi les acteurs du cinéma fougerais, Jean-Pierre Quinton



A l’affiche
Jean-Pierre Quinton

La bobine est barbue et la poignée de main chaleureuse. Accroché dans la salle à manger, une affiche de " Les yeux sans visage" me dévisage : " Avez-vous déjà entendu parler de Franju ?" " Et bien, euh… ". Franju, un " inconnu célèbre ", un cinéaste talentueux né à Fougères dont Jean-Pierre pourrait parler pendant des heures …Oui mais voilà, il s’agit de revenir à l’idée de départ : faire le portrait de Jean-Pierre Quinton, un cinéphile hors compétition, intarissable sur l’histoire du cinéma et des cinémas de Fougères….

Sa première séance : il avait deux ou trois ans et se souvient d’avoir pleuré à chaudes larmes " quand Bambi a perdu sa maman ". Au point de quitter la salle du "Drapeau" et de pousser les deux grandes portes à battant…. dont il vient de récupérer deux exemplaires avant la démolition de la salle. "Je n'en verrais la fin que beaucoup plus tard.
« Dans les années 50, la télé n’était pas encore arrivée dans tous les foyers. Aller au cinéma était alors le loisir traditionnel, une habitude culturelle et populaire très présente à Fougères…On allait au cinéma en famille le samedi soir ou le dimanche après-midi. Le cinéma c'était l'espace culturel du monde ouvrier… ». Au balcon ou au parterre ce n'était ni le même public ni le même tarif.

UN SPECTATEUR ASSIDU
« En plus il y avait la séance du jeudi après-midi - ex-mercredi - pour les enfants, les jeunes et les papis et mamies …On y voyait tous les films populaires de l’époque. Tout m’intéressait : les péplums, les comédies, les films de cape et d’épée…J’ai très tôt vu deux films par semaine ».
« Les techniques de projection étaient rustiques : une salle avait encore un projecteur à charbons. En plein milieu de la projection on voyait apparaître des auréoles : la pellicule fondait et puis plus rien…il suffisait d’aller chercher le projectionniste qui buvait son café au bistrot d’à côté pour recoller le film. Tout çà demandait un certain temps et «on ne pouvait pas espérer voir le film du début à la fin sans intermède technique ; les projecteurs à charbon brûlaient les bobines et il fallait attendre patiemment que la réparation soit faite. On criait, tapait des pieds jusqu’à ce que le film reprenne. J’ai vu «le jour le plus long » avec les 2 bobines du milieu interverties pour un peu on avait l’armistice avant le débarquement mais çà passait l’ambiance était chaleureuse et le public très participatif. ….Quelques années plus tard j’aurais plus de mal à supporter les cris et chuchotements, les grignotages de sucreries et les projections approximatives.
A Fougères on a le choix entre le ciné des «patros » ("Jeanne-d'Arc" / "Drapeau"/"Espérance) et les autres ("Le peuple"/ "le Rex"). Les noms des salles se suffisent à eux-mêmes pour déterminer des choix de programmation. Pour le public hésitant les cotes de l'office catholique sont affichées à l'entrée des églises, pour les cinéphiles, nous découvriront les grands maîtres du cinéma (dont Franju) au milieu d'une programmation de films que la morale réprouvent !
Les années passent, la passion grandit …et la TV est arrivée dans les foyers. Ce n’est pas une entrave car à cette époque la télé offre un certain niveau culturel (difficile à imaginer de nos jours). Ce sera l'occasion de découvrir tout un patrimoine cinématographique de l'histoire du cinéma. TV et cinéma deviennent complémentaire et dans les années 70/80 je pense que je voyais entre 250 et 300 films par an ».

POUR UN CINEMA ENGAGE
La programmation se dégrade. Les salles ferment les unes après les autres et le cinéma ne fait pas pour partie de la culture officielle. L’heure est venue de se lancer. Avec quelques amis, Jean-Pierre organise sa première projection dans une petite salle près de l'église Saint-Sulpice : "L'angoisse du gardien de but devant le penalty", un film de Wim Wenders d'après un roman de Peter Handke. La copie est prêtée par l'ambassade d'Allemagne. Les spectateurs sont peu nombreux et certains pensent voir un film sur le foot …cherchez l'erreur. Pas facile de fonctionner sans salle et de manière indépendante mais l'idée est là, elle va être mise de côté pendant 3 années pendant lesquelles la petite bande va se lancer dans l'organisation de concerts de musiques actuelles (comme on dit maintenant mais version années 70/80 –rock/reggae/jazz…) et je vous le donne en mille …..dans une salle de cinéma désaffectée : la salle de "L'Espérance".
Pour toucher le public il faut absolument sortir de la formule "ciné-club", des contacts sont pris avec les deux salles restantes, seul "Le Drapeau" accepte, un collectif est crée au titre ambitieux "Toute la ville en parle", objectif : programmer un film d'art et essai en début de semaine et accompagner certaine de ces projections d'animations. C'est d'emblée un succès, qui va amener le collectif à collaborer ensuite avec "Le Club" puis élargir ses activités au sein de "La Ligne d'Ombre" (le titre d'un film de Franju) et pour finir par la création d'une association "ARIMAGE" qui travaillera sur la programmation du "Club" avec des films labellisés sur 2 salles art-et-essai, des tarifs préférentiels, des collaborations avec l'éducation nationale etc. …. "Il s'agit pour nous de défendre un véritable cinéma d'auteur, qui donnent à réfléchir, à partager, de promouvoir des cinématographies du monde entier Europe Afrique, Japon, Russie etc.…face à une programmation majoritairement US et qui fait les délices des exploitants et distributeurs car rentable."
Des souvenirs de cette période, JP en a plein mais certains tiennent encore une place importante dans sa mémoire : "Imaginez-vous, assister à la projection de "Le roi et l'oiseau" avec à côté de vous dans la pénombre de la salle un vieux monsieur qui commente les séquences, les changements qu'il a apportés à la restauration de son film…j'en ai encore les larmes aux yeux". P. Grimault, deux journées passées à manger de la galette et du pâté, parler des 400 coups qu'il avait fait avec un certain Jacques(Prévert) ou encore de Robert (Doisneau) et de Georges (Franju) un vieux copain aussi…. A propos de Franju et c'est reparti "Çà c'est mon grand regret. Fougères n'a jamais reconnu Franju. C'est vrai qu'il avait rien pour : anticlérical, antimilitariste …bref un électron libre. On a essayé en lui rendant un hommage qui n'a pas été un grand succès. …mais je n'ai pas dit mon dernier mot !
"J'ai eu deux contacts téléphoniques avec lui : un premier ou il me dit qu'il reviendrait volontiers à Fougères , puis un second deux ans plus tard , il n'a pas de temps à me consacrer, sa femme est malade, il attend le médecin. Nous sommes à la Toussaint, il pleut, il mourra quelques mois plus tard Entre les deux des courriers qui reviennent avec la mention "n'habite pas à l'adresse indiquée", puis une autre adresse des courriers qui restent sans réponses……Une ambiance à la Franju. Clap de fin."

LA DERNIERE SEANCE
Tout cela aurait pu durer très longtemps mais paradoxalement c'est le succès qui va mettre fin à l'aventure. "Le cinéma n'a jamais été considéré à Fougères comme culture et nous n'avons pas bénéficié de véritable soutien de la municipalité (quelques subventions ponctuelles mais le ciné est considéré avant tout comme commercial) " mais peu importe nous avions l'habitude de fonctionner de manière indépendante". JP ne peut s'empêcher d'ironiser sur l'actualité cinématographique fougeraise. "D'autre part l'apparition de l'opération "collège au cinéma" va nous rendre les choses difficiles c'est range-toi de là que je m'y mette avec une négation du travail de défrichage que nous avons mené pendant 10 ans. La SOREDIC société de distribution rennaise qui chapeaute la majorité des salles du grand ouest a apprécié au début notre travail mais souhaite transformer à son bénéfice le succès remporté, donc des difficultés pour avoir certains films, des déprogrammations fréquentes qui nous obligent à des négociations de plus en plus animées etc. …L'alibi culturel c'est bon à Rennes mais dans les petites villes il faut de la rentabilité ".
91, clap de fin JP décide de prendre son petit balluchon, de retrouver sa place de spectateur et de laisser tout ce petit monde se débrouiller. Aujourd'hui il serait près à remettre le pied à l'étrier mais à certaines conditions.... "le cinéma a vraiment besoin d'une forme de militantisme pour exister".
Il est venu avec son fils à la dernière séance du Drapeau "un film catastrophe américain (tout un symbole) devant un parterre ultra réduit …un véritable enterrement de 1ère classe . Une des dernières salles de la région qui avait conservé son architecture des années 40/50 …scandaleux!". Tout n'est pas perdu, dans son garage quelques sièges, un des 2 projecteurs (qui devait partir à la casse), la rampe d'escalier, les poignées des portes d'entrée, un ¼ de l'écran….
Qu'allez-vous faire de tout çà ?……"Mystère"

A suivre…..



 

 
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